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Publié : 19 mars

Eco-énergie

Un projet de méthanisation dans les Yvelines

Le projet MODUL’O fait l’objet d’un examen par les élus et les habitants concernés par l’avenir du territoire de la plaine de Carrières-sous-Poissy. Porté par Modul’O, ce projet est présenté comme une « éco-activité d’utilité publique circulaire et locale ». Ce projet consiste à créer une usine de méthanisation sur la commune de Carrières-sous-Poissy pour valoriser les biodéchets..

Parmi les deux projets de méthanisation dans la plaine de Carrières-sous-Poissy, Modul’O est plus avancé. Le projet de Modul’O est d’abord une prise en charge complète du circuit de valorisation des biodéchets. Le traitement de ces produits vont permettre la production de matière organique fertile nommée le « digestat » mais également la production de biogaz introduite dans le secteur. Ce projet permettrait aussi une collecte des déchets à partir de véhicules GNV, c’est-à-dire des véhicules usant du gaz, un carburant propre et silencieux. La collecte aujourd’hui de ces biodéchets se fait par l’intermédiaire de l’entreprise TRYON qui récupère les déchets d’établissement produisant plus de 10 tonnes de biodéchets. L’ouverture du site opérationnel de Modul’O va permettre de rediriger la collecte vers cette entreprise pour une prise en charge plus locale. De plus, ce site permet l’ouverture aux cantines et aux établissements produisant moins de 10 tonnes de biodéchets par an dès 2023. Cette collecte va donc passer par installer des matériels de tri sur les lieux de productions, d’installer de la signalétique communicante, de former le personnel et de retenir les biodéchets (l’ensemble de la matière y compris le jus doit être trier par le producteur et envoyer au filières spécialisées).

Des exemples d’unité de méthanisation

D’autres projets existent déjà dans les Yvelines, confirmant le choix technique et sa viabilité :

Ferme de la Tremblaye Boissière-École

Dans cette ferme des Yvelines, il y a 150 hectares de terre cultivées pour nourrir des chèvres et des bovins, qui alimentent la fromagerie. Les effluents de la ferme, les fumiers des élevages et le lactosérum produisent sont valorisés dans l’unité de méthanisation datant de 2013. Le biogaz, extrait par fermentation, est récupéré par un générateur qui produit chaleur et électricité. L’électricité injectée sur le réseau équivaut à la consommation de 600 foyers : la chaleur produite est utilisée pour chauffer les bâtiments de la fromagerie. Le digestat est ensuite utilisé comme fertilisant naturel des sols sur nos terres. Selon la ferme : « Rien ne se perd, tout se transforme !  ».

Thoiry Bioénergie

L’unité de méthanisation de Thoiry Bioénergie valorise les déchets organiques du zoo de Thoiry. Chaque année, ce sont 10 950 tonnes de déchets du zoo qui sont valorisés (déchets verts, fumier, fruits et légumes avariés, déchets agricoles), tout comme des déchets agricoles et du fumier provenant d’exploitations voisines. Thoiry Bioénergie injecte du biométhane dans le réseau de distribution permettant d’alimenter le zoo, le château de Thoiry et plusieurs villages alentour en gaz renouvelable. Le digestat qui est produit à hauteur de 9 500 tonnes par an est restitué au territoire, ce sont sept agriculteurs qui le récupèrent pour leurs propres cultures. L’unité constitue également un outil pédagogique pour sensibiliser les visiteurs du zoo au développement des énergies renouvelables.

Un troisième unité de méthanisation dans les Yvelines

Modul’O souhaite s’implanter sur la commune de Carrières-sous-Poissy au niveau du grand terrain vague au nord-est de l’usine Azalys. Le choix de l’emplacement s’explique car il n’y pas de gêne pour les autres activités sur place tout comme pour les riverains les plus proches. Le site de Modul’O est éloigné des zones naturelles protégées, des zones inondables et des zones de captage de l’eau. L’entreprise est proche des zones urbaines pour mieux sensibiliser les habitants au recyclage des biodéchets et d’autres projets pourraient voir le jour tel qu’un projet de serre.
La zone autour du site de l’entreprise est constituée de zones urbaines et de cultures céréalières, soit 200 000 habitants et 5 000 hectares de cultures équivalent à 800 000 tonnes de biodéchets par an. Le choix de cette est commune est donc expliqué par le potentiel de la région.

L’entreprise crée donc à la fois du gaz naturel vert qui sera réinjecté dans le réseau mais aussi du digestat. Le digestat est donc redistribué aux agriculteurs et c’est la ferme Beaugrand EARL à Ecquevilly qui bénéficie de ce digestat avec ce type de projet. Selon Modul’O, le digestat permet de réduire les engrais de synthèse, d’avoir une matière organique au sol et d’être flexible et autonome sur les stockages d’engrais. Pour Monsieur Beaugrand travaillant à la ferme Beaugrand, ce projet permet «  d’apporter de la matière organique à nos cultures ». Spécialisé dans les cultures céréalières, l’agriculteur affirme que le digestat apporte les éléments naturels pour revaloriser les terres agricoles. Il précise également que le coût est moins cher car cela fait baisser l’utilisation d’engrais chimiques, en plus d’être local.

Modul’O se présente comme une entreprise engagée dans l’urgence climatique souhaitant proposer un projet de méthanisation à partir de biodéchets. L’analyse faite par cette entreprise est que les biodéchets sont assez peu exploités et recyclés en France. En effet, les biodéchets sont pour la plupart enfouis ou incinérés produisant de l’électricité mais provoquant de la chaleur et du CO2. Et pour cela, les biodéchets sont souvent exportés hors de l’Île-de-France entraînant un balai de camions sur les routes françaises. Modul’O souhaite recycler ces biodéchets pour les convertir en compost et en unité de méthanisation pour fabriquer du gaz naturel à l’échelle locale. La majorité de ces biodéchets sont issus des commerces, des restaurants, des grandes surfaces et des ménages (1÷3 des ordures). Ces ordures sont constituées de 80 % d’eau, ils sont donc faciles à recycler et à réutiliser comme matière organique. Ce processus passe donc par une collecte et par une valorisation de ces déchets, passant par un tri effectué auparavant.

Modul’O avance également un besoin territorial dans lequel l’Île-de-France produit plus de 2 Mt de biodéchets alimentaire par an mais peu d’unités s’en préoccupent. Ces rares usines sont éloignées des zones urbaines entraînant un surcoût des frais de gestion. Au sein de l’Île-de-France, c’est la Seine-et-Marne qui domine tous les autres départements sur le projet de méthanisation. Dans les Yvelines, il y a seulement deux unités de fermes situés à Boissière-Ecole et Thiverval-Grignon qui utilisent les biodéchets des fermes et une unité territoriale à Thoiry qui valorise les biodéchets de tout le territoire. Modul’O s’engage dans le tri et la valorisation de ces biodéchets sur l’ensemble du territoire dans la commune de Carrières-sous-Poissy.

Quels sont les enjeux de la filière ?

La méthanisation est une filière avec un certain avenir car elle est une source d’énergie renouvelable utilisant le processus de digestion de la matière organique. Cette réaction produit un biogaz. Les biodéchets sont peut-être la source d’une indépendance énergétique. La méthanisation est donc un cycle plus ou moins vertueux permettant de recycler les biodéchets et de créer une énergie renouvelable et par conséquent la création d’emplois. La méthanisation est une des réponses apportées aux grands producteurs de biodéchets qui ont pour obligation de trier leurs volumes depuis 2016. Le réseau de gaz en Île-de-France permet également de renforcer le développement d’un tel projet. La méthanisation n’est pas seulement un enjeu écologique mais aussi économique dans lequel des emplois sont créés à une échelle locale et cette redistribution permet une autonomie énergétique. De nombreux partenaires de ce projet seraient gagnants : Modul’O qui revend le gaz et le digestat, les riverains qui utilisent un gaz potentiellement moins cher, les fermiers qui peuvent réutiliser le digestat entraînant une baisse des coûts et l’écologie soutenue par un tel projet.

A ce-jour, la construction ou non du projet de méthanisation sur la commune de Carrière-sous-Poissy n’est plus la question. L’objet du débat démocratique est de savoir si la mise en place d’une surveillance de ce site industriel, de manière indépendante, est possible et consultable pour les citoyens ? Comment s’assurer que le projet soit utile à la fois pour l’environnement tout comme pour le territoire ?