Vous êtes ici : Accueil > Actualités Locales > Économie > Services publics de proximité : sortir du “catastrophisme” néo (...)
Publié : 29 juin

Services publics

Services publics de proximité : sortir du “catastrophisme” néo libéral

Depuis mai 2022, le monde médical alerte sur la situation catastrophique dans les hôpitaux. Les confrères du site Internet Quartier général ont cartographique les possibles fermetures des services d’urgences en France : 120 services avaient annoncés être en détresse de personnel et de moyens. Comment sortir de cette impasse ?

A la maternité de Meulan-en-Yvelines (78), qui sera fermée du 6 au 29 août 2022, la direction déplore le manque du personnel et notamment des sages femmes ; dans le même esprit, les urgences de Poissy ont également fermé pour quelques jours afin de pousser les autorités compétentes à réagir : quelle a été la réaction d’Agence régionale de Santé ? On s”interroge…

Karl Olive (Renaissance/Ensemble), maire pour quelques jours de plus, avant de prendre sa fonction à part entière de député de la République, était rassurer le personnel et la direction et a souligné le « besoin de refonder le système de Santé en France ». M. le député n’a pas tort ; mais d’abord, il faut recharger le logiciel intellectuel des dirigeants du pays et notamment ceux et celles de la Haute administration.

Mais, d’abord, qu’est-ce que c’est un service public de proximité ? Selon Pierre Bauby (1), ce concept recouvre plusieurs champs et imaginaires : « Dans l’imaginaire collectif, la notion du service public apparaît en général indissociable de celle de propriété publique. » Cependant, c’est abusif de penser ainsi ; c’est plutôt la coexistence de multiples services rendus par les secteur public et privé (La Poste et les services privés du relais par exemple). C’est surtout, en France en particulier, « l’histoire d’un concept de service de proximité à la population qui fait appel à des références juridiques, sociales et politiques dans les imaginaires sociales ». En outre, c’est un concept à caractère polysémique, voire « fourre tout » que révèlent les oscillations entre l’emploi du singulier et du pluriel pour rendre compte de son caractère consensuel.

Dans la pratique, il faut distinguer entre le donneur d’ordre ou autorité organisatrice (fournisseur juridique) d’un service à la population et la manière comment ce service est organisé (en régie, en délégation de service public), etc.…

Depuis une génération, à la fin des années 1980, la vague Thatcherienne (de privatisation de tous les secteurs de l’économie) a conduit à une mise en question de cette acception : tout devrait être reformée à la sauce néo-libérale parce que, on nous avait fait croire, elle était génératrice d’efficacité, de rationalisme et de modernisme. En termes concret, la concurrence est rentrée par la grande porte de l’école des élites : presque la totalité des dirigeants et fonctionnaires n’ont juré que par ce dogme de concurrence entre les entités et, parfois, entre les services. Un de écueil de cette vague néolibérale a été la corruption caractérisée par la Lyonnaise des eaux à Grenoble et les agissements de l’ancien député-maire, Alain Carignon. (2)

Par ailleurs, les « bench marking » ou comparaison entre coûts et les services rendus ont fait des dégâts concrets que l’on voit dans les services de Santé, de la Poste et de la SNCF, qui doit faire face à une concurrence européenne.

Justement, l’Union européenne avait, dans les années 1990, introduit une clause « pour la promotion des services d’intérêt général. » Ce qui a produit l’outrance de la « concurrence libre et loyale » dans le référendum constitutionnel de 2005. Le secteur « semi public/privé » avait été affaiblie en France. Ainsi, la boucle est bouclée. La concentration des services sur des secteurs « rentables » a été saillante dans les années 2000. Nous y sommes : les EHPAD, les cliniques privées, les autoroutes et les services de télécommunication illustrent bien cette oligopole. Et le moins rentable où là où c’est inaccessible, on l’oublie… Des services abandonnés sont légion que cela soit des gares SNCF, des bureaux postaux, notamment dans des zones délaissés par la métropolisation mondialisée. Voilà l’impasse.

Suite aux élections législatives de juin 2022, tout est à refaire, comme le dit le député Karl Olive, mais pas à la sauce néolibérale. La dépense publique (que l’on veille ou non) est nécessaire et c’est un indicateur d’interventionnisme à l’échelle nationale, régionale ou locale. Financer ces dépenses impose une réflexion sur les finances publiques et surtout comment faire pour payer directement ou indirectement ces charges. « Le pognon » existe chez les multinationales qui font des profits énormes en Europe et en France en particulier. Pour quoi les exempter de cet effort puisque ce sont elles qui provoquent invariablement la chute des services publics en générale. Les services de proximité doivent être assurés par une sorte de pacte entre les trois échelons. Justement, les intercommunalités pourraient jouer un rôle (de chef d’orchestre) et ceci pose la question, à nouveau des avantages et inconvénients de la décentralisation. Est-elle toujours à l’hauteur des espérance ?

Enfin, quelque soit l’état catastrophique des services publics, c’est aux citoyens de revendiquer une parcelle dans le processus de décision par des pétitions pou par la pression exercée sur les autorités compétentes ou/et les législateurs. Il est temps de remédier aux maux de la libéralisation à outrance notamment dans des secteurs non rentables, voire non marchands. C’est à partir de cette remise en question de dogmes que l’on fournira un service de proximité à la population de nos communes.

Post-scriptum

Notes

1. Le service public, Pierre Bauby, Dominos Flammarion, 1997, 128 pages

2. Comme un poisson dans l’eau — La lyonnaise et la Générale des eaux troubles, Fbien Perucca et Gérard Pouradier, Transparence, 1995, 202 pages.