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Publié : 3 mai

Politique environnementale

Écoresponsabilité ou « greenwashing » à la Yvelinoise ?

L e discours face à la réalité, voilà le sens de cet article de fond suite à la lecture du numéro 36 du Mag du Conseil départemental des Yvelines. Le Département souhaite mettre en avant les projets en faveur de l’écologie. Cependant, ce mot qui consiste à intégrer les enjeux écologiques au sein des activités dont les dommages portent sur les espaces naturels, l’eau et les sols ; est-il vraiment juste pour l’ensemble des projets départementaux sous les mandats de Pierre Bédier ?

Le Département annonce dans son magazine vouloir s’engager plus intensivement pour répondre aux exigences environnementales et réduire davantage son empreinte carbone. Sur ce sujet, son président Pierre Bédier déclare : « Le Département s’impose un devoir d’exemplarité et fait sienne la seule réponse qui vaille : l’écoresponsabilité  ». Ainsi un rapport de Carbone 4(1) présenté en février 2020 permet d’identifier huit sources d’émissions dans le département sur lesquelles le département possède une responsabilité. Les principales sources d’émission sont : le déplacement des collégiens (21 %), l’énergie des bâtiments scolaires (16 %), le repas des collégiens (15 %), la voirie (13 %), l’amortissement des bâtiments (11 %), les achats de fonctionnement (8 %), l’énergie des bâtiments non-scolaire (3 %) et le déplacement domicile-travail (3 %). Cet ensemble correspond à 96 000 tonnes de CO2 en 2019 et ce rapport permet de comprendre la responsabilité du Département pour lui donner les moyens de piloter les actions en intégrant les enjeux environnementaux dans ses objectifs.

Des projets suivant « une politique de développement durable »

La première mesure montrée dans le magazine est la transformation des collèges pour les réhabiliter aux enjeux environnementaux et réduire leurs émissions de CO2. Le président du Département s’exprime : « ça sera tout sauf du béton » sur ce projet, dans lequel est consacré 525 millions d’euros pour quinze collèges d’ici à 2026 afin de réduire jusqu’à 40 % des émissions. Le projet présenté consiste à construire ou reconstruire les collèges avec du bois ou des matériaux biosourcés permettant la réduction de 25 % d’émission lors des travaux et jusqu’à 40 % lors de son utilisation. Ce projet aide également à une meilleure éducation, à une cohésion sociale dans les quartiers difficiles et l’augmentation de l’offre pédagogique en plus de créer une attractivité économique, à en croire le Département. De plus la déclaration de Romary Boutot (Directeurs des Grands Projets de la Direction des Bâtiments Unifiée 78⁄92) précise que «  c’est une réponse à l’urgence climatique » où après la récolte du bois les forêts se régénèrent, le bois lutte contre les fuites thermiques et sonores en plus d’augmenter le confort. Certaines personnes nous affirment qu’elles « se réjouissent de la prise de conscience et que ceci peut amener à un débat plus ouvert avec le Département  ». Cette politique d’écoresponsable ne peut qu’être félicitée à première vue.
Les questions que nous pouvons nous poser sont : pourquoi ces collèges précis sur les 116 des Yvelines ? Pourquoi n’y a‑t-il pas eu une préoccupation auparavant ? Le bilan carbone sur les collèges peut-il être étendue à d’autres bâtiments scolaires ?

Des mesures de fond ?

Par la suite, le Département nous indique qu’il agit dans la préservation des forêts avec la création notamment des éco-gardes bénévoles. Leurs objectifs est de dégager, tronçonner, débroussailler évacuer les déchets, nettoyer les mobiliers et intervenir au sein des personnes ou dans la faune. Cette « brigade » rentre dans la Politique d’Espace Naturel Sensible (ENS) pour protéger, restaurer et renouveler. Leurs missions premières est de surveiller les sites et pour la prévention des risques d’accidents tout en veillant à la sauvegarde du patrimoine naturel. Donc la politique ENS qui agit principalement dans la Haute Vallée de la Chevreuse, autour de Poissy et de Mantes utilise différents moyens pour mettre en valeur le patrimoine naturel. Des mesures, comme l’acquisition foncière, permettent d’acquérir des terrains jugés prioritaires et l’outil financier qui est une taxe d’aménagement permettent de mettre en valeur en rendant accessible et attractif les vingt-deux sites. Ainsi, le « plan pluriannuel d’aménagement et de valorisation » de l’ENS présente le plan d’itinéraire de randonnée et démontre les partenariats avec l’ONF et l’AEV qui tout deux gèrent et valorisent le patrimoine naturel des Yvelines avec la contribution financière du Département. La politique d’ENS comprend également l’éco-paturâge et la préservation de certaines zones humides. Cette politique est jugée par l’association Yvelines Environnement comme une bonne politique qui doit s’étendre au maximum sur le territoire. Mais l’association se dit « consciente » des difficultés et des coûts que la protection et la valorisation du territoire engendre.
Des questions restent en suspens notamment sur les critères pour rentrer dans l’ENS ? Pourquoi le bilan carbone ne s’effectue que maintenant ? Pourquoi cette politique n’est pas appliquée sur le projet de la déviation de la RD 154 (bois protégé par l’appellation ZNIEFF) ?

Une autre mesure explicitement citée dans l‘encadré de la page 26 correspond à la mesure compensatoire incarnée par Biodif. Cet « opérateur » possède des objectifs divers tels que de limiter les impacts et de compenser les pertes de biodiversité. Sa ligne directive comprend plusieurs phases dans lesquelles Biodif plannifie le projet en incluant les enjeux écologiques puis limite les impacts du chantier avant de créer ou restaurer une zone de compensation. A travers cet exemple, la politique revendiquée par le Département est une maîtrise foncière, une restauration écologique, une gestion conservatoire et un suivi. De plus, le Département nous indique que les sites de compensations sont choisis pour leur potentiel écologique, leur proximité avec le chantier et une disponibilité foncière et que les porteurs des projets indemnisent le Département à hauteur de 50 à 150 euros par hectare.
Mais le Département rappelle la création d’une nouvelle structure dédiée à la compensation passant par un Groupe d’Intérêt Publique (GIP) pour l’aménagement de site compensatoire et la réalisation de compensation spécifique. Sur ce sujet, Yvelines Environnement «  préférerait une préservation du site  » car, par exemple, lors de la traversée du bois de Marly les mesures compensatoires ont été de reboiser des espaces en dehors du département. Elle ajoute que ces mesures sont quand même « la modification d’un site » sur lequel le déplacement de la biodiversité n’est pas assurée à 100 %.

L’association ADIV-Environnement répond que ces mesures compensatoires ont « un aspect négatif, car cela autorise à tout détruire et un aspect positif, car il y a quinze ans il n’y avait pas d’obligation à créer des espaces ». Pour le Collectif RD154, les mesures compensatoires ont un aspect bénéfique car elles n’étaient pas prises en compte il y a 20 ans. Cependant un membre du Collectif, Monsieur Valnet (président des Ecolibris), nous confie que «  ces mesures compensatoires sont valables pour trente ans, que se passe-t-il après cette durée ? Puis, les mesures compensatoires ne sont pas prises à leurs hauteurs et qu’on ne se pose pas les bonnes questions  ». Enfin, le Collectif nous dit qu’il y a un manque d’aménagement doux sur le territoire et que ces aménagements sont des possibilités d’avenirs.
Face à ces mesures, on peut se demander quelle est la différence entre Biodif et GIP ? La compensation n’est-elle pas trop utilisée pour valider un maximum de projets ? Est-ce que Biodif ne sert-elle pas les intérêts du Département ?

Du cosmétique ?

Les derniers projets présentés par le Département des Yvelines sont d’abord le remplacement de voitures thermiques de fonction par des voitures électriques. Ce sont les Renault Zoé les gagnantes de cet achat dans lequel le Département profite d’une importante production électrique. De plus, certains collèges bénéficient d’une cantine à base de produits locaux comme ceux de la ferme de Frichot à Boinville-en-Mantois et enfin la construction de deux stations d’épuration biologiques construites à Goussonvile et Jumeauville. Ce sont des roseaux plantés sur un lit filtrant constitué de gravier qui permet d’épurer l’eau. Cette station est dite «  sans odeur, sans boue et coûte peu en entretien ». Yvelines Environnement nous confie que le changement des voitures de fonction est une bonne idée pour permettre de se débarrasser des énergies fossiles. Puis, à propos des stations d’épurations biologiques, « ce sont de bons projets mais de gros efforts sanitaires restent à faire  » selon l’association. Elle estime que le traitement des déchets doit se faire en amont des stations.
Nous pouvons demander plus de précisions sur : le pourcentage d’élèves de collèges qui mangent des produits locaux ? Pourquoi deux stations d’épuration biologiques se situent au même endroit ? Les voitures électriques sont-elles vraiment écologiques du fait qu’on ne sache pas recycler les batteries ?

Des projets à contre sens de l’histoire

Le projet qui fait débat encore trente ans après sa conception est celui de la déviation RD 154. Le Département expose ce projet pour délester les traversées de Verneuil-sur-Seine et de Vernouillet en réduisant le nombre d’accidents mortels et créer de nouvelles dessertes pour les piétons et les cyclistes. Face à ces objectifs, le projet est vivement contesté par les élus et par les habitants qui ont voté non à hauteur de 80 % et par les associations écologiques qui expriment un désastre environnemental. L’écoresponsabilité revendiqué par le Département n’est pas au cœur de ce projet, selon certains habitants. Le Collectif RD 154 souligne la «  saignée en plein milieu du bois de Verneuil  » menaçant un grand nombre d’espèces protégées. Il rappelle que le Département a vu sa demande être défavorable par la Commission Nationale de la Protection de la Nature (CNPN). Ce n’est pas que le bois qui est menacé mais aussi la Zone Agricole Protégée (ZAP) de Vernouillet qui serait en grande partie détruite avec cette coupure bétonnée au sein de sa plaine. Selon le collectif, ce projet va créer l’effet inverse en favorisant l’urbanisation, augmentant le trafic et donc voir un cadre de vie se dégrader par les gaz à effet de serre et une pollution sonore.

En plus, les mesures compensatoires pouvant être proposées par le Département n’ont aucun intérêt car comme me confie un membre du collectif «  Les mesures compensatoires ont un intérêt si elles sont appliquées au niveau locales et en dehors de ce territoire, cela n’a pas d’intérêt. Mais les mesures compensatoires doivent être utiles car créer ce projet amène plus de pollution et ces mesures n’ont plus d’efficacités ». Puis, elle informe que ce projet est à l’encontre des engagements prisent par GPS&O. L’association ADIV-Environement prend position contre ce projet elle aussi. Selon elle « plus on construit de routes, plus il y a de voitures ». A noter que l’association insiste sur les désastres écologiques engendrés par cette déviation. Ce projet représente « une vision du passée  » qui n’est plus plausible de nos jours car voté en 2004, le projet ne répond plus aux exigences de la population. L’association juge «  qu’il n’a pas d’intérêt public et qu’aucune étude a été créé depuis plus de 20 ans ». L’affichage écologique de Pierre Bédier est paradoxal avec ce projet et la réalité de sa politique n’est pas favorable à un modèle écologique mais plutôt à la voiture.
Ce projet est-il à contre sens de l’écoresponsabilité revendiqué ? Pourquoi ce projet d’urbanisation est-il maintenu après une unanimité contre ? L’écologie est-elle vraiment au cœur de ce projet ?

Le second projet assez polémique est celui de la construction du pont d’Achères qui pour le Département permet une meilleure desserte et une meilleure accessibilité à la boucle de Chanteloup. Pour les associations et pour certains habitants, il n’y a pas de véritable enjeu car ce projet ne devrait pas désembouteiller le pont de Poissy, ce projet est coûteux et entraîne un réel problème de densité. L’association Non au Pont d’Achères voit ce projet contre l’écologie avec l’augmentation de la pollution sonore et de gaz à effet de serre, la destruction du paysage notamment sur l’île de la Dérivation et aucunes solutions proposées sur le traitement des ordures et des usines. Cette association nous indique que les habitants mais aussi les mairies de Vernouillet, de Carrière-sous-Poissy et d’Andrésy ont manifesté à l’époque leur désaccord sur ce projet. La municipalité d’Achères y était favorable mais émet des doutes sur ce projet ce qui la positionne dans une position mitigée. Au sein de la population, les habitants de l’île de la Dérivation vont voir leur cadre de vie se dégrader fortement par l’apparition du pont. Habitués au calme, le pont d’Achères va amener du bruit de manière permanente à la tranquillité de l’île. L’opposition est alors compréhensible car en plus de la pollution sonore, ce sont les gaz d’échappement et la destruction du paysage et de la biodiversité de l’île que ce projet amènent selon l’association. Celle-ci a établie un rapport écologique et de santé négatif avec la destruction du paysage, une augmentation de la pollution sonore entraînant des effets traumatiques (fatigue auditive, fort stress, trouble du sommeil, baisse de la concentration), la destruction des berges du bras d’Andrésy (lieu recherché par les sportifs, les familles et les pêcheurs) et une pollution des sols aggravée. La prise de conscience écologique doit interroger de nouveau sur ce projet qui propose qu’un modèle qui est celui de la voiture et n’évoque pas les transports publics et fluviales, ni la conservation des milieux qui sont un vrai poumon vert au sein de la boucle de Chanteloup.
Le projet continue de soulever des interrogations telles que : Pourquoi détruire des environnements au profit de la voiture ? Ce projet rentre-t-il vraiment dans la politique d’écoresponsabilité ?

Dans le passé, d’autres projets avaient fait débat d’un point de vue écologique. Le projet de formule 1, par exemple, sur le circuit de Flins-Les Mureaux pour le Grand Prix de France en 2011 fut un projet estimé à 112 millions d’euros par Pierre Bédier à l’époque. Cependant, son implantation sur des champs de captage d’eau potable et sa nuisance sonore sont des atteintes environnementales. Défendu mordicus par son ancien président de l’époque Pierre Bédier, il avait été abandonné par Alain Schmitz en 2009 nommé président à la place de Monsieur Bédier en raison de sa peine d’inéligibilité pour une affaire de corruption.
Cette politique ne doit pas être un argument électoral mais doit être une vraie volonté d’adapter notre société à l’environnement. De nombreux projets ont été réalisés dans ce sens mais d’autres persistent à rester dans un « ancien monde ». Notre impact écologique est au cœur de certaines politiques et les élections départementales vont être déterminantes sur cette question. Les citoyens vont-ils voter pour une continuité départementale ou alors pour un changement de politique ?

Post-scriptum

Notes

1. Une société conseil indépendante spécialisée dans le bas carbone et à l’adaptation au changement climatique.

URLlien de la publication du Département des Yvelines.