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Publié : 2 octobre

Stage

Un ancien du Raid aux idées d’extrême droite invité à Triel-sur-Seine

La ville de Triel-sur-Seine organise un stage de négociation de crise le 13 octobre avec Robert Paturel, un ancien du Raid dont le profil pose questions.

C’est par une communication via ses réseaux sociaux que la ville de Triel-sur-Seine a informé le public de son intention d’organiser un stage de négociation le 13 octobre à la salle Grelbin de 9h à 12h et de 14h à 17h. Au programme ? L’enseignement de techniques de communication et de comportements face à une situation stressante ou encore la projection de diapositives et de vidéos entrecoupés de jeux de rôles et de retour d’expérience.

L’animateur, Robert Paturel, est présenté sur le flyer de présentation comme instructeur et négociateur du Raid pendant 20 ans, et comme ancien champion de France et d’Europe de boxe française. Reste que son profil pose questions.

La théorie du grand remplacement 

En octobre 2016, cet ex-policier, qui a officié une trentaine d’années dont 20 ans dans les rangs de l’unité d’élite de la police nationale, avait été évoqué pour devenir le porte-parole du mouvement des policiers non syndiqués. Mais le « Gorille », son surnom lié à sa pratique de la boxe et non à George Brassens, n’a guère fait l’unanimité. Et pour cause. L’homme, qui a notamment publié des ouvrages dédiés à la boxe de rue, est aussi réputé pour ses idées d’extrême droite, comme le prouve un certain nombre d’entretiens accordés à la presse ces dernières années. A l’instar de son interview accordée au média d’extrême droite Breizh Info en décembre 2015 où il avait déclaré ceci : « Il faut que les gens sachent que les musulmans seront majoritaires dans une trentaine d’années, peut-être moins vu les flux de réfugiés. Et cette fois nous serons bien contraint de filer doux ou de disparaître ». La fameuse théorie raciste du grand remplacement, si chère à la mouvance identitaire, et récemment largement reprise par un certain Eric Zemmour qui n’hésite pas à stigmatiser sans cesse l’islam et les musulmans ou à instaurer l’idée qu’il faille une francisation des prénoms.

Amalgame et préjugés

De son côté, Robert Paturel s’est toujours défendu d’être raciste. Il affirme simplement être franc. « On veut me coller des étiquettes parce que je suis un patriote, répond-il à L’Obs en octobre 2016. Je connais la banlieue, j’ai enseigné la boxe dans les quartiers chauds. Ces expériences, mon franc-parler, tout ça c’est moi, que ça plaise ou non. » Ou encore après l’attentat de Magnanville en juin 2016, sur le plateau de LCI où il explique « qu’il faut remonter très loin, repartir en 1962, avec des gens qu’on a envahi, qu’on a soi-disant martyrisé et qu’une fois libérés viennent chez nous. » La journaliste lui répond du tac au tac que « tous ne deviennent pas islamistes radicaux » et « qu’il ne faut pas faire d’amalgame ». Il répond alors ceci : «  Les musulmans ne sont pas tous terroristes, par contre tous les terroristes sont musulmans ». Outre son déni face à la colonisation et l’esclavage, ses réponses sont ici bourrées de préjugés, directement issus de ce bon vieux racisme systémique installé dans les institutions qu’on espère qu’il laissera de côté lors de son intervention à la salle Grelbin.

Selon cet expert en technique d’autodéfense, les violences policières aux Etats-Unis n’ont rien à voir avec celles dénoncées en France, affirme-t-il en juin 2020 à Sputnik News. Selon lui, l’interdiction faite aux policiers d’user de la technique d’étranglement par Christophe Castaner lui apparaît incompréhensible, rapporte encore cette agence de presse multimédia russe. Interrogé sur les violences policières, comme dans l’affaire Traoré où la technique du plaquage ventral a été remise en cause, il estime que c’est le stress, plutôt que le racisme, qui serait la cause des bavures : « Souvent, le problème qui arrive, c’est par le stress, le policier devient violent par peur. C’est comme ça qu’arrivent les accidents. » 

Un stage réservé aux forces de l’ordre 

Quid, encore, d’inviter un ancien du Raid pour former des policiers municipaux, dans une époque où nous aurions davantage besoin de médiation que de répression ?

Cette journée de formation est en vérité à l’initiative de Pascal Gilles, le premier adjoint à la sécurité de la ville de Triel qui dirige en parallèle sa propre académie de self défense basée à Achères. Sur son compte Facebook, ce dernier affirme que «  ce stage est réservé aux forces de l’ordre encadrés par mon ami et professeur Robert Paturel. » Il précise par ailleurs : « La formation en elle-même est à destination des forces de l’ordre pour avoir les outils pour mieux gérer le stress et les conflits liés à la profession. Le soir, par contre, il y a une séance de dédicace des ouvrages de Mr Paturel. Vous pourrez venir le rencontrer et faire dédicacer les livres. Mr Robert Paturel est aussi conseiller technique pour le cinéma et acteur. » Sur le même réseau social, enfin, la personnalité controversée de Robert Paturel occasionne de vifs échanges. Pascal Gilles défend à chaque fois « son très bon ami de longue date  », dit-il, en ajoutant qu’il s’agit de « raccourcis faciles et idiots », de « rumeurs délivrés par des frustrés », et qu’il faut « vérifier les sources  ». Or, les sources en question proviennent en l’occurrence de médias dans lesquels l’ex-policier a témoigné. 

Contacté par mail mardi 28 septembre puis par téléphone vendredi 1er octobre, la ville de Triel-sur-Seine n’a pas souhaité à ce jour répondre à nos sollicitations. Le service communication a indiqué qu’un communiqué sera prochainement publié. Reçu dans l’après-midi du 1er octobre, ce communiqué ne nous apprend rien de plus. Il confirme l’organisation du stage à l’issue duquel une séance de dédicace aura lieu.