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Publié : 6 janvier

Mantois

Un président contesté par son ancien élève

La tension monte depuis des mois entre Pierre Bédier et Raphaël Cognet. Insinuations, coups bas, dossiers qui sortent dans la presse institutionnelle… Le fait est que le président est désormais un patriarche affaibli, qui ne pèse plus que son bagout politique.

Pierre Bédier n’a plus la cote ; c’est un fait politique. Depuis quelques années, son fief et son périmètre d’action (de pression politique) s’est rétréci malgré sa victoire aux départementales de 2021 : les nouveaux élus de Verneuil-sur-Seine, Vernouillet et Triel-sur-Seine contestent le choix du département en matière d’infrastructures routières (dossier de la déviation de la RD 154) ; le maire de Poissy lui tourne le dos en matière politique ! Désormais, Raphaël Cognet, maire de Mantes-la-Jolie et président de la Communauté urbaine Grand Paris Seine & Oise, s’oppose frontalement au clan et aux méthodes du système mis en place par Pierre Bédier.

On ne saura jamais à l’origine du clash : certains disent que c’était le ralliement de M. Cognet à la cause de Mme Valérie Pécresse ; d’autres expliquent que c’était la volonté du maire de Mantes-la-Jolie de mettre de l’ordre dans la gestion de sa commune, suite aux affaires des « placiers du marché du Val-Fourré » et au rapport calamiteux de la Cour régionale des comptes sur la gestion de cette ville. Admettons que cela s’est produit progressivement et que la pression de M. Bédier pour remplacer son ancien élève a été une tactique classique du système Bédier.

Toutefois, cela a échoué pour deux raisons. D’abord, comme l’a souligné Marc Jammet, «  certains ont fait semblant de croire (ou de faire croire) qu’une élection municipale servait directement à élire une ou un maire.
Cela a été le cas dernièrement à Limay où Djamel NEDJAR vient de succéder à Eric ROULOT…” La réalité, c’est qu’une élection municipale n’est pas une élection présidentielle mais sert à élire tout un conseil municipal. A Mantes-la-Jolie par exemple, le conseil municipal est composé de 43 conseillers municipaux élus suivant un mélange “majoritaire” et “représentation proportionnelle” (à la plus forte moyenne).
En clair, un peu moins de la moitié des élus (21) est élue suivant la représentation proportionnelle. Lors des dernières élections municipales en 2020, 16 candidats de la liste “Raphaël COGNET”, 4 de la liste Vivre Mieux à Mantes-la-Jolie et 1 de Lutte Ouvrière ont ainsi été élus. Et la liste majoritaire a bénéficié d’une “prime” de 22 élus.
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Raphaël Cognet, maire de Mantes-la-Jolie et président de GPS&O, lors d’une conférence de presse, le 16 décembre 2021 (archives J2R)

Ensuite, Raphaël Cognet n’a rien à perdre et sa détermination peut faire le reste. « Je ne suis pas un voyou, ni un délinquant terroriste », a‑t-il déclaré suite à la réunion du conseil municipal du 29 novembre dernier. De plus, il a défié le clan Bédier : « Je n’accepterai pas d’être traité comme un moins que rien et je ne me ferai dicter mon calendrier par personne ». Comme l’a souligné Le Parisien(1), le 6 janvier 2022 « les anti-Bédier ont trouvé une figure sur laquelle désormais s’appuyer… en Raphaël Cognet l’opposant qui tient ouvertement tête à un élu jusque là incontesté ».

Avec les dernières démissions en cascade, une élection partielle est plus que probable : le nombre de membres du conseil municipal n’est pas suffisant pour réélire un maire ; le maire actuel a intérêt à provoquer des élections le plus vite possible. Une élection partielle permettrait de clarifier l’horizon politique du Mantois, en particulier celui de Mantes-la-Jolie. Ce scrutin légitimera le nouveau rapport de pouvoir politique. Un observateur local, Michel Merelle, l’a bien souligné, le 6 janvier sur sa page Facebook : « L’heure est sans doute venue de saisir l’occasion pour vraiment changer le système, maintes fois dénoncé, qui maintient Mantes-la-Jolie dans une forme de dépendance à un homme, à des réseaux, à de sales méthodes. » Espérons enfin que « pour les idiots utiles du système, de ne pas se fourvoyer, de ne pas se vendre pour se vautrer dans leur ambition personnelle (forcément déçue à terme !) et leur intérêt particulier. »

Quelle que soit l’issue de conflit larvé entre les deux hommes politiques mantois, Pierre Bédier sortira fragilisé et tout le monde a intérêt à préparer l’après-Bédier.