Jules Verne et les wokistes
Passionné de l’œuvre de Jules Verne, je me doutais qu’un de ces jours la tribu wokiste s’attaquerait à cette grande figure de la littérature française. Vous l’ignorez, Jules Verne était « Sexiste », « racialiste » et « colonialiste ».
A propos d’un projet de Cité de l’imaginaire sur la commune de naissance de Jules, un collectif d’écologistes opposés au projet a posté sur sa page Facebook « son opposition résolu (sic) à ce projet toxique, coûteux, anti-écologique, résultat de la métropolisation que nous subissons etc. » Dénonçant « l’invention d’une fake-culture basée sur un exotisme de pacotille et sur un (re sic) culture littéraire colonialiste. », il en vient à attaquer sans nuance l’auteur des Voyages Extraordinaires sur lequel s’appuie le projet de Nantes Métropole …
Les wokistes épinglent maintenant Jules Verne !
Dans les lignes qui suivent, je ne vais pas discuter du projet que je me garderai bien de critiquer n’étant d’ailleurs ni nantais, encore moins originaire de l’ancienne commune de Chantenay. De toute façon, ce n’est pas mon sujet. Ce qui me chagrine, c’est cette vindicte systématique et sans nuance qui s’empare d’esprits renfrognés, promptes à abimer, salir, gifler ce qui doit être exclu, attitude fruit d’un esprit de système simpliste, réducteur et méchant. L’esprit de nuance qui est l’apanage des gens aimables et bien élevés a disparu ! Et du coup le mien aussi disparaît en réagissant à une telle sentence à l’emporte pièce ! Qu’avaient-ils à s’en prendre à Jules Verne ? Ne pouvaient-ils pas régler leur différend autrement ? Car enfin l’auteur de Voyage au centre de la terre mérite tellement mieux !
Jules Verne, racialiste ? Chantre du colonialisme ?
Autrement dit, est-ce que cet écrivain, dans ces ouvrages, tendait à répandre doctrine qui affirme l’existence de races humaines différenciées et non pas une espèce humaine unique ? Rien qu’à l’énoncé de la définition, on réalise la bêtise d’une telle affirmation ! Car enfin, sans procéder à une exégèse complète de ses 64 voyages extraordinaires, la lecture de ses romans d’aventure procure à de nombreux lecteurs évasion et rêve, on se sent embarqué, accompagnant les héros et héroïnes, relevant les défis de la nature grâce à leurs talents d’inventeurs et d’ingénieurs plein de ressources. Savent-ils seulement que Nemo qui préfère échapper au monde est, comme le dévoile les derniers chapitres de l’Île mystérieuse, un prince hindou spolié qui se venge du colonialisme britannique ! Il y a bien ici ou là quelques passages, notamment dans Hector Servadac, la figure du juif Isac Hakhabut, qui font vraiment tiquer.
Mais franchement faut-il proscrire la lecture de JV pour cette raison ? Dans Cinq semaines en ballon, les voyageurs en ballon entre Zanzibar et Saint-Louis du Sénégal, il y a évidemment le jugement de Samuel Fergusson comparant les nègres et les singes, à l’avantage de ces derniers. Faut-il pour autant ranger JV dans un nouvel index ?
Tout juste faut-il le savoir, l’expliquer sans le justifier. En y réfléchissant, on peut soutenir qu’il s’agit d’un roman de l’ignorance. Les voyageurs en ballon traversent l’Afrique d’est en ouest en 1860 en surplombant cette terra incognita (pour les européens) sans rencontrer les africains. Peut-être se seraient-ils dégrossis en rencontrant vraiment ces autres humains, en les survolant, ils ne pouvaient que conforter leurs préjugés très largement répandus dans les sociétés européennes à l’époque. Jules Verne livre ici un témoignage des mentalités de son temps. Aux XX° siècle, dans les années trente, un ethnologue et africaniste français connu pour ses travaux sur les Dogons, Marcel Griaule, contribuera à réviser les mentalités. Lire à ce sujet L’Afrique Fantôme, le carnet de voyage de Michel Leiris qui l’accompagna dans ces passionnantes pérégrinations. Au lieu de les survoler comme on observe un planisphère, ils vinrent à leur rencontre à pied et apprirent à les connaître.
Jules Verne, expession du « capitalisme prédateur » ?
Celui qui emploi ces termes définitifs, a‑t-il simplement lu Sans dessus dessous (1889) ou bien Les Indes noires (1877) ? Dans le premier, JV nous raconte avec beaucoup d’humour comment des industriels et financiers s’approprient les zones arctiques
Quant au projet porté par la ville de Nantes, j’ai comme l’impression que son projet de Cité de l’imaginaire, se servant de Verne comme alibi, témoigne justement d’un vrai manque d’imagination. L’univers de Verne relève davantage du voyage personnel, quasi mental, dans les connaissances géographiques et scientifiques de son époque. Cela n’a rien à voir, c’est à redouter, avec une vague déambulation dans un lieu dit culturel recyclant, comme toujours à son sujet, tout un tas de poncifs et de lieux communs.
En conclusion, les parties en conflit ont-elles bien lu et compris les romans de Jules Verne. Elles s’accrochent chacune à des idées reçues pour s’opposer sur la destination à donner à une friche.
Il y avait le projet, abandonné car jugé excessivement couteux, de L’arbre aux hérons, mais c’est une autre histoire …