Chemin de Picardes à l’Hautil : Deux associations portent l’affaire en justice
Le torchon brule depuis janvier 2024 entre les opposants au projet individuel du maire de Triel, Cédric Aoun, sur le chemin des Picards. Le 12 juillet, les associations ADIV-Environnement et Bien Vivre à l’Hautil viennent d’annoncer le recours contre le projet de piste cyclable du maire à travers le massif forestier de l’Hautil. Nous reproduisons ci-dessus la communiqué de l’association BVH. Voir également la vidéo suite à la manifestation contre le projet le 28 janvier 2024.(1)
Au mépris de la richesse des zones traversées et malgré la forte opposition de la population à ce projet, le Maire de Triel-sur-Seine a démarré la construction de la piste cyclable à travers le massif de l’Hautil. Contestant ce projet et les méthodes employées, les associations ADIV-Environnement et Bien Vivre à l’Hautil ont été contraintes de déposer par l’intermédiaire de leur avocat une requête en excès de pouvoir auprès du tribunal administratif de Versailles.
Pour mémoire, le projet consiste en la création d’une piste cyclable (ou « voie verte » selon les différentes versions du projet) d’une longueur de 1 600 m, construite en élargissant le chemin des Picardes qui relie le bourg de Triel-sur-Seine à l’Hautil. Bien évidemment, ces deux associations environnementales sont favorables au développement des pistes cyclables sur notre territoire. Parmi les autres associations opposées à ce projet, on compte d’ailleurs l’association Un Vélo qui Roule, une association fortement impliquée dans le développement des pistes cyclables sur notre territoire ; elle y travaille en relation avec les différents acteurs (départements, GPSEO,
communes).
Conçu sans aucune concertation avec les associations, ce projet de piste cyclable a fait l’objet de nombreuses annonces, puis de démentis de la part du Maire de Triel-sur-Seine. Les caractéristiques du projet ont-elles-mêmes évoluées : par exemple, l’éclairage de la piste par des lampadaires semble avoir été (heureusement) abandonné, le tracé a été modifié…
Ce projet dit « Chemin des Picardes » a été lancé sans autorisation d’urbanisme alors qu’il est situé en zone naturelle préservée réservoir de biodiversité (NPr) au niveau du PLUi de GPSEO, en Espace Naturel Sensible (ENS), en ZNIEFF (Zone Naturelle d’Intérêt Ecologique Faunistique et Floristique), qu’une mare se situe à proximité (zone humide) et qu’il traverse l’Espace Boisé Classé (EBC) constitué par la forêt de l’Hautil. Ce niveau de protection atteste de la richesse de la biodiversité de ce massif forestier.
A la demande des associations, un commissaire de justice a attesté la présence de 294 souches visibles d’arbres correspondant aux coupes effectuées (dans une vidéo mise en ligne en septembre 2023, le Maire de Triel-sur-Seine affirmait qu’il n’y aurait pas plus de 10 arbres qui seraient abattus). Permettant l’élargissement du chemin des Picardes, ces coupes ont d’ailleurs été réalisées sans demande d’autorisation aux propriétaires concernés.
L’absence d’autorisation d’urbanisme et de demande d’autorisation aux propriétaires a été reconnue par les services juridiques de la commune de Triel-sur-Seine comme le rapporte le mail ci-dessous :

Mail de réponse des services juridiques de la commune de Triel-sur-Seine informant notre avocat Maitre Pitti-Ferrandi de l’absence de demande d’urbanisme et de l’absence de courrier de demande d’autorisation aux propriétaires concernés.

Zones du PPRN avec en trait rouge, puis en pointillé, le tracé de la piste cyclable.
Au-delà de ces aspects environnementaux, notons également que le Maire de Triel-sur-Seine a lancé les travaux de construction de la piste cyclable alors que le conseil municipal ne lui avait pas délégué la compétence lui permettant de signer ce marché public (le Préfet des Yvelines a ensuite fait résilier ce marché). Enfin si une demande de subvention a effectivement été faite auprès du Département pour un montant de 733 716 € afin de financer ce projet dont le coût est estimé à 917 146 € HT, le Département a pour le moment refusé toute subvention au motif que « le projet présenté n’est pas suffisamment complet pour en apprécier la faisabilité technique et financière ».
Outre ces importantes irrégularités dans la conception et la construction de ce projet de piste cyclable, nous considérons qu’une telle piste risque d’être utilisée par des engins motorisés (motos, quads …) ce qui fragiliserait encore plus les milieux naturels et nuirait à la tranquillité de cette forêt.
Nous avons donc demandé à Maître Pitti-Ferrandi de déposer une requête en excès de pouvoir auprès du Tribunal administratif de Versailles. Une requête en référé pour suspendre les travaux a également été déposée. Nous ne pouvons accepter que les mesures de protection mises en place pour la sauvegarde du massif forestier de l’Hautil ne soient pas respectées, fût-ce pour la construction d’une piste cyclable.
Un riverain raconte un chantier digne de « Grand Paris »
Depuis vendredi 29 mai, des livraisons d’empierrage ont lieu à L’Hautil (le long de la propriété dite du « Chantemoulin », 13 000 m² de biotopes variés) pour la stabilisation de la future voie verte du chemin des Picardes. De lourdes bennes montées en semi-remorque se sont engagés en marche arrière sur ce chemin rural, dont le soubassement n’est pas prévu pour de tels mastodontes. Bien évidemment, un vendredi un camion a raté sa marche arrière au niveau du verger, créant une profonde ornière.
Ignorant cet avertissement, les livraisons ont repris le lundi matin 3 juin, et cette fois un semi-remorque s’est retrouvé enlisé pendant 2 heures, de 9 heures à 11 heures.
Après avoir péniblement dégagé le camion et avoir tenté de le faire passer de manière alternative par la ruelle Corneille, le chef d’équipe des camionneurs s’est rendu compte qu’il mettait son matériel en danger ainsi que la voirie ou les clôtures privées et a sonné le repli général, donnant l’ordre de retourner décharger les caillasses dans un de leur dépôt de départ.
Le voisin qui écrit ce récit est très inquiet car les dégâts de voirie sont déjà importants, alors que n’ont été livrés que l’équivalent de 50 m linéaires d’empierrage : il en reste donc encore plus de 1 000 m à livrer ! Sans compter ensuite les 1 200 m du revêtement de surface.
Ce sont des travaux dignes de ceux du « Grand Paris », transposés dans une zone naturelle de grande qualité, qui ne demande que la tranquillité et le respect.

