Finances publiques : Face aux incertitudes, un monde local qui résiste ?
L’AFL publie ce jeudi 20 juin la 5ème édition de son Baromètre de la santé financière des collectivités locales. Cette publication, réalisée à partir des notes financières que l’AFL attribue à chaque collectivité, embrasse l’évolution de leur situation entre 2018 et 2023. Elle met en lumière le contraste des trajectoires rencontrées selon les types de collectivités dans un environnement financier incertain.
Le Baromètre de la santé financière des collectivités, établi à partir des données de la Direction générale des Finances publiques, agrège les notes de chaque collectivité pour dresser le bilan des six derniers exercices budgétaires. Alors que les collectivités françaises ont montré, en 2022, leur capacité de résilience face aux divers chocs traversés, elles ont été confrontées en 2023 à une forte dégradation de la conjoncture économique.
« La santé financière du monde local conditionne sa capacité à faire face aux enjeux du siècle. La tendance générale à l’amélioration observée depuis plusieurs années s’est poursuivie cette année, mais ne masque plus les inquiétudes qu’inspirent l’évolution de certains territoires ou de certains types de collectivités », confirme Marie Ducamin, présidente du Conseil d’administration de l’AFL-ST.
L’année 2023 pour les finances locales : des dynamiques divergentes
L’année 2023 illustre l’émergence progressive de deux blocs au sein du monde local : d’une part un bloc communal qui résiste, voire conforte sa situation financière, et d’une autre un bloc départements/régions dont les équilibres budgétaires évoluent de façon plus erratique, et ont connu une nette dégradation au cours du dernier exercice. Si la note moyenne de l’ensemble des collectivités, à 2,79, est en légère progression et atteste la solidité du monde local, elle recouvre des situations très variables.
2023 a été une année de forte pression à la hausse pour les dépenses de fonctionnement des collectivités. En cause, l’inflation qui a pesé sur les dépenses à caractère général, mais également la revalorisation du point d’indice qui a accru les charges de personnel.
L’évolution des recettes selon les types de collectivitĂ©s explique les trajectoires divergentes. Le bloc communal a bĂ©nĂ©ficiĂ© de la revalorisation des bases du foncier bĂ¢ti, en premier lieu, ainsi que d’un effet inflation qui a renchĂ©ri les recettes associĂ©es Ă la rĂ©version de TVA. Il a donc bĂ©nĂ©ficiĂ© de recettes plus dynamiques que les dĂ©partements et les rĂ©gions. Les premiers, notamment, ne bĂ©nĂ©ficient plus des recettes liĂ©es Ă la CVAE et Ă la TFPB, et ont Ă©tĂ© pĂ©nalisĂ© par le ralentissement du marchĂ© immobilier, et donc Ă la baisse du montant de DMTO perçu.
Ces dynamiques se traduisent, pour le bloc communal, par une nette amĂ©lioration de l’épargne brute, alors mĂªme que celle des dĂ©partements – et dans une moindre mesure celle des rĂ©gions – baisse fortement. Le taux d’endettement du bloc communal diminue, celui des dĂ©partements reste stable et celui des rĂ©gions s’accroĂ®t.
GRAPHIQUE 1

Les finances communales : solidité et convergence
Les communes françaises présentent une santé financière toujours solide, et en progression globale puisque leur note moyenne est de 2,73, la meilleure de tous les segments de collectivités. Elles font montre d’une grande résilience, dans un contexte de forte pression inflationniste sur les dépenses.
Les contrastes structurels de santé financière entre les communes selon leur taille s’observent cette année encore. Toutefois, il est remarquable qu’à rebours de l’an passé, l’ensemble des strates démographiques voient leurs situations s’améliorer. Sans aller jusqu’à évoquer une convergence, on remarque aussi que les strates démographiques les plus peuplées – et en moins bonne santé financière globale – sont celles dont la situation s’améliore le plus entre 2022 et 2023.
GRAPHIQUE 2

L’intercommunalité à fiscalité propre, une trajectoire budgétaire toujours bien orientée
La santé financière des groupements à fiscalité propre s’est globalement améliorée en 2023, et atteint avec 3,08 la meilleure note moyenne des derniers exercices. Les différents segments sont bien orientés, les EPT étant les seuls à marquer le pas.
De façon générale, l’intercommunalité a bénéficié d’une bonne dynamique des recettes fiscales, qui a permis de faire face à une hausse massive des dépenses réelles de fonctionnement. La diminution des recettes au titre de la fiscalité directe a été compensée par des fractions de TVA.
GRAPHIQUE 3

Les départements en 2023 : une dégradation budgétaire inédite depuis dix ans
2023 est une année de franche dégradation de la santé financière des départements. Leur note moyenne connait une dégradation très importante, passant de 2,65 à 3,5.
Carte des départements

Cette dĂ©tĂ©rioration Ă©tait anticipĂ©e, dans un contexte d’inflation, de forts besoins sociaux, de crise du marchĂ© de l’immobilier. Les recettes de fonctionnement connaissent mĂªme une baisse, alors que les dĂ©penses de fonctionnement restent dynamiques. L’effort en Ă©quipement a nettement marquĂ© le pas en 2023.
Il est remarquable que les situations financières sont, dans l’ensemble, d’autant plus difficiles que les départements sont de grande taille.
RĂ©gions et CTU en 2023 : un coup d’arrĂªt au redressement constatĂ© depuis deux ans ?
La situation financière des régions et CTU s’est dégradée en 2023, rompant avec la trajectoire d’amélioration qui prévalait depuis deux ans. Comme dans les départements, mais dans une moindre mesure, ce segment de collectivités a connu une hausse de ses dépenses de fonctionnement plus importante que celle de ses recettes de fonctionnement.
Le baromètre de cette année confirme la tendance à la convergence entre régions métropolitaines et régions/CTU de Corse et d’outre-mer.
GRAPHIQUE 4 Évolution de la note des régions métropolitaines

Focus sur les syndicats intercommunaux : une dégradation limitée de la notation financière en 2023
La santé financière des syndicats intercommunaux et mixtes est caractérisée par une très grande stabilité. Cette situation est globalement favorable, avec une appréciation des ratios de solvabilité principalement due à la contraction du taux d’endettement.
GRAPHIQUE 5



